Midjinn

 

Chers enfants !


Afin de la fixer dans la mémoire collective, je vais vous rappeler  l’historique des chats de la maison depuis 1988.

Midjinn était le nom que Rémi S. avait donné à ce petit animal tout noir, né chez lui ; j’ai toujours entendu ce mot avec une consonance tsigane.

Une chatte, quand elle a eu seize ans elle a mis au monde un dernier chaton, un seul, gris et blanc, qui a neuf ans maintenant et lui a succédé dans la maison.

Cet événement lui a été fatal, oui elle n’en pouvait plus la pauvre bête, bien trop vieille pour mettre encore bas raisonnablement. « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse » c’est un adage bien connu. Fidèle, attachée à la maison sans jamais l’avoir quittée pour trainer chez les voisins, elle a subi une nouvelle et dernière fois la loi de la nature.

Quand son impertinent rejeton, qui, lui, se portait fort bien, l’assaillait de ses maltraitances, elle gémissait en vous jetant un regard langoureux. Il n’avait aucune pitié ; il s’acharnait, en jouant, à lui mordre le bout de la queue qu’elle ne pouvait pas s’empêcher d’agiter ce qui excitait continuellement le jeune animal. Régulièrement, il fouinait dans la fourrure de son ventre à la recherche de la seule tétine fonctionnelle sur laquelle il tirait sans aucun respect. Il enfonçait alternativement ses pattes griffues dans la mamelle pour en extraire le lait. A chaque fois, cela semblait un nouveau calvaire pour la mère.

 

 « Ouah ouah, slash, Midou, Brrrr !, Youpi » ! Des mots, des expressions étranges, sortis de l’imagination d’un père de famille, fort respectable par ailleurs, qui auraient pu marquer l’étonnement d’un enfant devant le spectacle de Midjinn en train d’allaiter son dernier né. Mais la plupart du temps il n’y avait personne pour intervenir et le jeune chat en prenait à son aise jusqu’à l’épuisement de sa mère dans un silence qui tue.

 

Là ! Lorsque le chaton a pu s’alimenter tout seul, il a fallu mettre un terme à l’existence souffreteuse de Midjinn. Elle avait la mamelle enflammée, elle ne pouvait presque plus bouger et ne mangeait pratiquement pas. Un dernier voyage chez le vétérinaire l’a libérée.

Un peu décontenancé de ne plus pouvoir tyranniser sa mère, l’effronté a pris possession des lieux en héritant de sa fidélité. On lui a donné le nom de CéJi (Cordula Junior), pour évoquer sa mère adoptive. « Marche seul à présent » était on tenté de lui répéter à l’époque.

 

Vous pourrez, les chéris, rappeler ces faits à vos enfants, eux qui aimaient tant les histoires de PtitMarc.